pat_togo
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« on: August 29, 2005, 03:32:06 PM » |
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Madagascar joue la carte de la coopération régionale avec le continent noir en intégrant la Communauté de développement de l'Afrique subsaharienne (SADC), une organisation dominée par les anglophones. Avec cette nouvelle orientation, le pays prend ses distances avec la France, l'ancienne puissance coloniale.
Marc Ravalomanana au sommet de Gaborone, au Botswana - AFP
"Madagascar se lance dans la concurrence africaine", titre L'Express de Madagascar. "Autrement dit, le pays s'engage vers un changement irréversible dans ses relations commerciales avec le continent africain." Le quotidien juge ainsi les conséquences de l'entrée officielle de la Grande Ile dans la Communauté de développement de l'Afrique subsaharienne (SADC), le 18 août 2005, à l'occasion du sommet de Gaborone (Botswana), où cette organisation a fêté ses vingt-cinq ans d'existence. Madagascar en est devenue le 14e membre.
Madagascar Tribune rappelle l'ambition de cette organisation économique née en 1980 et dont les nations membres (Afrique du Sud, Angola, Botswana, République démocratique du Congo, Lesotho, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe), liées géographiquement, parfois historiquement, ont établi "un bloc régional de type Marché commun, facilitant le commerce entre les pays membres tout en préservant une barrière douanière avec le reste du monde". Le journal souligne que Madagascar a signé le protocole sur le commerce, l'un des plus importants, qui prévoit l'instauration d'une zone de libre-échange en 2008. "En gros, la SADC cumule quelque 300 millions de consommateurs, avec un chiffre d'affaires de 700 millions de dollars. Certes, les pays membres ne sont pas au même niveau, comme en témoignent ces deux seuls chiffres : le Botswana affiche un produit intérieur brut par habitant de 3 200 dollars, contre 300 dollars pour la Grande Ile. Seulement, le premier n'a rien à d'autre exporter que ses diamants et la viande de b½uf." Et ce quotidien d'inviter les opérateurs malgaches à relever le défi : "Tout dépend de nous !"
Commentant l'entrée du pays dans la SADC, Midi Madagasikara, quotidien proche du pouvoir, se félicite du fait que, "en trois ans, Marc Ravalomanana a considérablement élargi le cercle des relations internationales de Madagascar". L'Express de Madagascar est d'accord avec ce point de vue. "On n'en parle pas, mais on y pense. Appartenir à la SADC permet de se faire de nouveaux alliés parmi les dirigeants africains. Pour le président Ravalomanana, l'expérience malheureuse de 2002 n'a fait que mettre en évidence la nécessité d'avoir des 'amis proches' sur le continent." En effet, lors de la dernière présidentielle, une grave crise politique avait paralysé l'île et Ravalomanana avait eu du mal à faire reconnaître son élection, notamment auprès de la France et de plusieurs pays africains.
Lors d'une récente visite à la Réunion, en avril 2005, le président malgache avait insisté auprès des autorités sur le fait que "le oui à la SADC n'est pas un non à la France", rappelle L'Express de Madagascar. D'après La Gazette de la Grande Ile, la Réunion se trouve isolée en termes d'intégration économique régionale. Le quotidien malgache note que "la France s'accroche à la Commission de l'océan Indien [dont le dernier sommet des chefs d'Etat s'est tenu en juillet dernier à Antananarivo, en présence du président français Jacques Chirac] parce qu'à travers son département de la Réunion, elle peut continuer à maintenir une zone d'influence dans cette partie du monde".
Or, des quatorze membres de la SADC, seuls Madagascar, Maurice et le Congo sont francophones. Aussi, à son retour du Botswana, le président Ravalomanana a évoqué dans sa déclaration l'idée de "faire de la langue anglaise une langue officielle à Madagascar", la troisième avec le malgache et le français. "La question est de savoir si le président malgache a tourné le dos aux Français", s'interroge Madagascar Tribune.
Ce journal souligne que, "sur le plan économique, les opérateurs français ont perdu du terrain dans certains secteurs stratégiques, ce que montre par exemple l'acquisition de Telma [opérateur national de télécommunications] par Distacom, au détriment d'une entreprise française. De même, au niveau de l'énergie, la gestion de Jirama [compagnie des eaux et de l'électricité] a été confiée à une société allemande. Sans aucun doute, depuis l'accession de Ravalomanana au pouvoir, en 2002, la France a perdu petit à petit du terrain dans la Grande Ile. Désormais, c'est au tour de la langue de Molière d'être éclipsée par une autre langue européenne."
Philippe Randrianarimanana
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