AfroShanghai - Les Cyber Truands

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Author Topic: Les Cyber Truands  (Read 1665 times)
pat_togo
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« on: December 31, 2005, 01:52:53 PM »

B.K. avait cru naïvement qu'il pouvait hériter d'un richissime allemand. Au lieu de la fortune espérée, il se retrouve avec une dette de 7 millions de Fcfa.

Les truands ont vite appris à tirer profit de l'Internet et du téléphone portable. Ils ont fait de ces nouvelles technologies une redoutable arme d'escroquerie. Ces supports fantastiques leur permettent d'ignorer allègrement les frontières entre les pays. L'histoire que nous vous proposons aujourd'hui en est une parfaite illustration.

Tout a commencé par un banal "spam" (ces messages indésirables qui inondent les boîtes à lettre des internautes) qui a atterri dans la boîte de réception de B.K., le principal protagoniste de notre récit.

DES MILLIONS DE DOLLARS: L'auteur du courriel écrivait:

"Je m'appelle M. Christian Sawadogo. Je dirige la section des opérations d'investigation et audit à la Bank of Africa (B.O.A) ici à Ouagadougou au Burkina Faso. Bien que vous et moi n'ayons jamais eu aucune correspondance antérieure, j'ai décidé de vous contacter pour une transaction qui nous sera très salutaire à tous. Pendant nos recherches, mon département a découvert une somme d'argent très importante appartenant à un de nos clients (M. Andreas Schranner de Munich, Allemagne) qui est décédé en juillet 2000 dans un crash d'avion. Depuis lors les fonds dorment dans son compte bancaire sans aucune réclamation de la part de sa famille.

La somme est de cinq millions, six cents milles dollars US soit environ 3 milliards de Fcfa. Depuis cette découverte, j'ai effectué des recherches sur le client décédé. Mes recherches montrent que les seuls ayant-droits de notre client décédé sont eux aussi mort avec lui dans le même crash d'avion. Mon collègue et moi avons alors gardé secrète l'information pour nous, en vue de profiter de cet argent qui risque d'aller dans les caisses de la banque comme "argent non réclamé".

Si je vous ai contacté, c'est pour que vous vous présentiez comme un proche du défunt et que vous réclamiez cet argent. Bien sûr la banque ne s'empressera pas de se départir de 5,6 millions de dollars si facilement. Cependant n'ayez aucune crainte, je serai là et je vous fournirai toutes les directives nécessaires, afin que cet argent nous revienne le plus rapidement possible.

En tant que partenaire, je vous propose 20 % de la somme, mon collègue et moi partagerons 75 % et 5 % seront mis de côté pour les dépenses inévitables afférentes au transfert des fonds.

Soyez sûr de deux choses: premièrement, je ne vous aurai pas contacté si j'avais un moyen de profiter de cet argent sans votre aide. Deuxièmement, cette affaire est à 100 % sans risque pour vous et pour nous. De toute façon dès que vous me montrerez votre- intérêt à faire affaire avec moi je vous donnerai plus de détails.

Toutes vos questions seront les bienvenues.
J'attends votre réponse. Sincèrement votre, M. Sawadogo Christian, Directeur des Opérations d'Investigation & audit à la B.O.A (Bank Of Africa)".

Il n'est pas de nos habitudes de reprendre un si long document in extenso. Mais nous savons que beaucoup des lecteurs de cette rubrique sont aussi des internautes qui envoient et reçoivent des mails de par le monde. Il leur est peut être arrivé, au moins une fois, de recevoir dans leurs boîtes ce genre de message soit en provenance du même Christian soit d'une certaine Mme Aïcha Ahmed, soit d'une bonne centaine de pseudonymes utilisés dans le même but sur le web.

MAISON VENDUE: Le spam de "Christian Sawadogo" date du 3 avril 2005. A la même période H.C., un homme d'une quarantaine d'années était passé à notre rédaction pour nous montrer une copie de la correspondance avec tous les détails des démarches à suivre pour entrer en possession de l'argent laissé en héritage par Andreas Schranner de Munich en Allemagne. Nous avions conseillé à notre visiteur d'être prudent.

Mais il est passé outre ce conseil et est allé dans son village pour vendre une maison héritée de son père et répondre aux exigences financières des escrocs. Aujourd'hui, H.C., ruiné, n'a plus que ses yeux pour pleurer.

Le cas de H.C. n'est pas isolé même si tout le monde ne se laisse pas convaincre. Un confrère s'est vu proposer par des escrocs d'accepter la domiciliation dans son compte bancaire des fonds d'un Zimbabwéen victime des réformes agraires dans son pays. Un autre internaute a retrouvé un matin un courriel lui demandant de mettre son compte bancaire à disposition pour aider des inconnus à blanchir plusieurs millions de dollars américains retrouvés dans les comptes des victimes du Tsumani de décembre 2004.

Pour revenir à notre récit du jour, B.K. aussi a mordu à l'hameçon aussi fort que H.C. L'homme est un haut responsable d'un service public. Aujourd'hui il est endetté à hauteur de 7,3 millions de Fcfa pour s'être laissé tenté par une supercherie habilement montée par un gang opérant dans la sous-région. Nous taisons pour le moment les noms des "cybertruands" pour ne pas gêner l'enquête en cours.

Un matin du mois de mai dernier donc, B.K. ouvrit la boîte de sa messagerie et tomba sur le l'offre susmentionnée. Une certaine Aïcha Ahmed en était l'expéditeur. Tout excité à l'idée de pouvoir encaisser 40 % de plus de 5,6 millions de dollar, il répondit au message en demandant plus d'informations sur la juteuse transaction. Les escrocs répondirent dès le lendemain et lui demandèrent d'envoyer le numéro de son compte bancaire le même jour. Il s'exécuta.

Un jour plus tard, il reçut une pluie de courriels, le pressant de fournir un certificat d'hérédité authentifié susceptible d'accélérer les transactions au niveau de l'institution financière. Ses correspondants lui réclamèrent aussi un document précisant le montant de la somme réclamée et certifiant le versement de diverses commissions.

B.K. se plia en quatre pour satisfaire à toutes les exigences de ses correspondants. Il vida son compte et emprunta de l'argent à des amis et connaissances. Mû par l'appât du gain facile, il se décarcassa pour satisfaire les exigences croissantes de ses nouveaux partenaires. Pour rien au monde, il ne voulait laisser 40% des 3 milliards de Fcfa lui filer sous le nez. Ses proches finirent par remarquer que l'homme n'avait de cesse à demander des crédits à tous ceux qui pouvaient lui venir en aide. Tout le monde trouvait son comportement anormal sauf lui-même.

Finalement, BK se rendit à l'évidence: il était en train de se faire escroquer dans les grandes largeurs par des truands très intelligents. Mais c'était trop tard. Il était complètement ruiné et criblé de dettes. Ses proches et ses amis avaient pris leurs distances à son égard. Il porta plainte contre la dernière personne qui lui avait envoyé un courriel dans le cadre des échanges sur la fameuse transaction.

Cet homme se trouve aujourd'hui dans les locaux d'une brigade spécialisée et reconnaît avoir pris part à l'opération d'escroquerie. Il est d'ailleurs prêt à rendre à B.K. une partie des sommes ainsi ratissées. Sa coopération ne lui évitera pas des poursuites pour escroquerie.

G. A. DICKO
Essor, , 26 décembre 2005
Source: Malinet.com
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